Si Camille

Si Camille avait dansé - pièce inspirée de Camille Claudel

 

« Quelques bâtons de craie blanche, des draps blancs et une corde à linge suffisent à Bénédicte pour camper avec tendresse, sensibilité, force et furie tous les instants clés de la vie de Camille [Claudel] »

 

La Nouvelle République

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Pourquoi « danse-théâtre » ?

Parce-que ce solo raconte une histoire, invite la parole à ponctuer la gestuelle. Une gestuelle chorégraphique très imagée, parfois narrative.

Ainsi des dates sont énoncées et tracées au sol, retraçant la biographie de Camille Claudel. Des extraits de ses lettres sont jouées, exprimant son ressenti. Ses mots se font musique et donnent naissance à une danse. Des postures de sculpture sont décomposées, chorégraphiées...

 

Le personnage de Camille Claudel existe sur le plateau et s’exprime tant par la voix que par le corps.

 

NOTE D INTENTION de Bénédicte Le Lay

 

Après plusieurs expériences d’improvisations théâtrales et dansées, collectives et en solo, inspirées de thèmes féminins tant engagés que poétiques, j’ai eu envie de faire un arrêt sur les femmes passionnées, artistes et mal comprises et d’exprimer sur scène le caractère libre et pourtant si enfermé de ces femmes interdites.

Je me suis alors plongée à la découverte d’histoires de femmes, courageuses, poignantes, entières face à leur désir de vie.

Camille Claudel revenait sans cesse à mon esprit, dans mes lectures, mes ressentis, comme un écho à ma propre passion. Elle est devenue une évidence, mon évidence.

Comme une grande sœur, elle m’a montré le chemin vers la création de cette nouvelle pièce. Son histoire a fait naître en moi une plus grande liberté d’expression exacerbant la notion d’autoriser. Elle a permis de mettre en lumière les répercussions de ce genre de personnalités et de vie sur les femmes artistes comme moi, aujourd’hui. Elle m’a amenée à me demander à quel point le regard sur les femmes artistes avait évolué.

 

Certes de nos jours une femme vivant seule n’est pas montrée du doigt comme elle pouvait l’être au temps de Camille Claudel. Mais que dire de la censure dont elle a été victime en tant que femme artiste ? Ne fait-elle pas écho aux débats toujours d’actualité autour de la parité Homme / Femme ? Et de cette violence qu’elle subit de la part de sa famille qui la fait interner, refuse de l’accueillir quand les médecins le recommandent et lui rend au mieux une visite annuelle pendant 30 ans, la réduisant au silence quand la maltraitance règne dans les instituts psychiatriques ? Ne fait-elle pas résonner le tabou qui perdure autour des pathologies psychiatriques ou plus simplement autour de la dépression ? Pour être bien perçu dans notre société ne doit-on pas faire preuve de « normalité » ?

 

J’en viens à questionner alors la perception que nous avons de la classe sociale dite des « Bobo, bourgeois-bohèmes ». Si aujourd’hui ce terme peut faire sourire ou grincer et lancer des polémiques autour de l’appartenance ou non à cette classe, il n’en témoigne pas moins d’un paradoxe : preuve d’une part que l’on peut aujourd’hui s’affranchir des cadres sociaux établis tout en étant intégré à la société, le qualificatif « bobo » met aussi en lumière la fragilité de la liberté de choix de vie et par extension la fragilité de notre liberté d’expression. Il souligne aussi la stigmatisation des origines sociales en réalité encore forte de nos jours. Pourtant j’aime à penser que nos origines sociales sont comparables à un bloc de glaise prêt à être sculpté, un héritage restant à façonner.

 

A première vue le modernisme en France permet de s’exprimer. Mais l’héritage judéo-chrétien et la force de certains mouvements conservateurs font perdurer certains tabous. Si la revendication d’exister en tant que femme artiste est toujours aussi forte, c’est peut-être parce-que cette liberté reste restreinte.

Finalement peut importe la raison, la motivation de nous exprimer. Ce qui compte, c’est la naissance d’une œuvre artistique qui touche tout un chacun.

Pour traduire tout ceci dans ma pièce, Camille Claudel m’a parue l’alliée idéale. Je ne veux pas raconter sa vie mais exprimer à travers son personnage en quoi les questions de liberté et de place de la femme-artiste sont toujours d’actualité.

Je suis touchée par son histoire, ce qu’elle a créé, la passion qu’elle avait et l’enfermement dont elle a souffert finalement bien avant son internement, par sa position sociale, son manque de moyens financiers, sa condition de femme éprise de son pygmalion.

Je me sens proche de son processus de création, de sa difficulté de trouver un équilibre entre la passion nécessaire à la création et les émotions destructrices, entre le monde imaginaire et le monde réel, sans perdre pieds.

Un élément de taille nous différencie cependant : c’est que le monde actuel me permet d’avoir un recul sur ce processus créatif. Ma position évidemment moins fragile que celle de Camille Claudel me permet d’avoir la distance nécessaire à l’humour et l’ironie, que je souhaite introduire dans ce spectacle, afin de traduire aussi mon profond plaisir à créer et à partager avec le public.

 

Bénédicte LE LAY

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